Mais une autre donnée intervient.
Dans sa famille, il y a un secret de Polichinelle. Sa grand-mère a rencontré Frank Sinatra à la fin de la dernière guerre, le 26 juin 1945 à Foggia, en Italie, et en a conservé une telle passion qu’elle avait tous ses disques. Quant aux questions précises, elle les éludait et concluait en disant : « De toute façon, il n’est pas envisageable que je mette le désordre dans sa vie ! ». Mais Willy Mansion lui ressemble étrangement. « Si cela avait eu de l’importance pour moi, j’aurais fait faire un test ADN », écrit l’intéressé dans son dossier de presse. Sauf qu’il ne cesse d’en parler et de pèleriner sur les traces de son aïeul putatif. C’est ainsi – et il relève lui-même le paradoxe entre ses convictions et son comportement – qu’il se rend à Las Vegas dans les clubs qu’il fréquentait et jusque dans sa maison.
Bien évidemment, il est aussi un grand amateur des crooners de l’époque. Et, chance, a une belle voix. Va-t-il la mettre au service d’un engagement politique ? Ce milieu « n’y comprend rien ». Organiser des conférences ? Il ne s’y voit pas. Monter sur scène ? Oui, parce que « cela permet de toucher le public via l’émotion ». Ni une, ni deux, il décide de recourir à cet art. Comme il y a un gouffre entre animer des remises annuelles de prix et le travail au plateau, il consacre cinq années de sa vie à apprendre à chanter sur scène (et engage pour cela des pointures dans chaque discipline). En élève motivé, il travaille parfois « jusqu’à l’épuisement ». Et, parallèlement, a refait le texte, aidé par son coauteur, trois fois. Aujourd’hui, vu en répétition, il est tout à fait convaincant. Tellement que sa première date, fin novembre, est déjà complète. Pourtant, il ne se produit pas dans un sous-sol exigu et miteux, mais bien au théâtre de la Tour Eiffel(3) qui peut accueillir près de cinq cents spectateurs. Et, si son entreprise n’est pas la première à participer à 1 % for the Planet(4) – c’est-à-dire le reversement de 1 % du chiffre d’affaires à des associations environnementales agréées –, c’est par contre le cas de son spectacle. Dont le fil rouge est la question du legs, l’histoire de sa famille n’en étant qu’une illustration particulière. Chaque époque a son combat : Frank Sinatra s’est battu pour les droits civiques et lui a légué – il en est convaincu – un physique ; il se bat, à son tour, pour ce qui marque son époque – l’environnement – et utilise à cette fin à la fois ce qu’il a reçu de sa lignée et les talents propres qu’il a su faire fructifier. Le moyen : la réorchestration de standards (My Way, What a wonderful world, That’s life, Green green grass…) et cinq compositions personnelles, toutes autour du thème de la transition écologique. Le tout sous la forme d’un show à l’américaine.
Est-il seul, tel Don Quichotte, dans son combat ? Il témoigne que non et que, jusque dans la sphère patronale à laquelle il appartient, il existe une prise de conscience se traduisant notamment par une structure patronale (qui se voit comme concurrente du Medef, explique Wikipedia), Impact France(5), qui organise des rencontres afin de susciter des mises en relation, partenariats, financements, levées de fonds, accompagnements à destination de startup à impact. Il est donc heureux de constater que, même si nul n’est prophète en son pays, il existe des forces qui se combinent pour lutter avec bon sens.
Pierre FRANÇOIS
3) https://theatredelatoureiffel.com/spectacle/my-way/
4) https://www.onepercentfortheplanet.fr/
5) https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_Impact_France, https://www.impactfrance.eco/
Photo : Pierre François.


