Musique : « Ur mor ar zaeloù / Une mer de larmes », 12e album de Denez.

Aller à l’essentiel.
Denez a sorti un nouvel album. On y retrouve la mélodie méditative de la gwerz, mais ici dans un style apaisé : la mélancolie celte n’est pas dépressive, elle est contemplative de la réalité, fut-elle rugueuse. Parler d’une « mer de larmes » n’est pas un drame, c’est une vérité qui s’inscrit en écho au Salve regina (encore chanté quotidiennement par les moines, qui ne sont pas spécialement de tristes sires) qui évoque, quant à lui, la « vallée de larmes » (« in hac lacrimaris valle ») dans laquelle nous vivons et remonte certainement jusqu’au XIIIe siècle, peut-être au XIe siècle (et la gwerz au Ve siècle).
Est-ce pour bien montrer que cette vision du monde n’est pas illusoire ou due à un passé révolu, celui des guerres, épidémies et famines ? Toujours est-il qu’un des airs de ce CD, récent parmi les anciens, s’intitule « Naonegezh Kiev / La Famine de Kiev »… Ce n’est pas qu’un clin d’œil à l’Histoire, la gwerz rejoint, sous un certain aspect, la mentalité slave pour laquelle l’important n’est pas de gagner ou de perdre, mais d’être resté debout et de s’être battu. Ainsi Denez peut-il écrire dans un autre de ses airs : « Peu importent les tourments de la vie / Je chante l’amour ! »
La traduction musicale de cette contemplation d’une vérité simple est la sobriété. Exit l’électronique. Par contre, l’ouverture reste d’actualité : on retrouve ici le duduk arménien, le saxophone ou le charango andin. Une ouverture qui se fait aussi en direction de la musique de chœur : celui de la Maîtrise d’enfants de Saint-Brieuc participe au CD.
Comme toujours, la langue bretonne n’est pas une barrière tant son chant s’adresse directement à la conscience intime – et pourtant universelle – de chacun. « Après avoir chanté, on se sent lavé, libéré, soulagé », dit Denez, avant d’ajouter : « De nombreuses personnes viennent me dire après avoir entendu une gwerz : je n’ai pas compris les paroles parce que je ne parle pas breton, mais j’ai été profondément ému. »
Huit des dix chants de ce CD ont traversé les âges – parfois depuis le VIe siècle – pour nous. Ils évoquent aussi bien les tragédies collectives – épidémies, batailles, désespoir – qu’individuelles : amours malheureuses, trahies ou absolues. Deux sont contemporains : « La Famine de Kiev », écrite en 1999, et « Kanan a ran / Je chante ». La tradition que sert Denez n’est pas folklore figé, elle est vivante. La nature, la spiritualité, la simplicité et les sentiments sont les ingrédients de ces chants : ils nous rejoignent à l’essentiel.
Pierre FRANÇOIS
Denez, 12e album : « Ur mor ar zaeloù / Une mer de larmes ». Production : Arsenal production. Distribution : Idol et Coop Breizh diffusion.

Photo : Alexandre Kozel.

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