07/06
Au moment de partir, le moine refuse un don, j’achète donc un excellent – mais lourd – fromage de leur fabrication, qui supportera la route jusqu’à Lyon. Il pleut, mais le temps finit par s’améliorer. D’une certaine façon, cette pluie et le voisinage – car je suis de nouveau sur un chemin de halage – de l’eau sont une bonne chose, dans la mesure où cette humidité apporte de la fraîcheur. Par contre, il faut rouler prudemment, le chemin étant mouillé, garni de feuilles déjà marron à cette saison et de débris divers, y compris d’un arbre qui s’est abattu en travers et dont la cime trempe dans le canal.
Une fois à Digoin, il s’agit d’emprunter le pont-canal. L’aventure est assez impressionnante, la largeur dont on dispose étant limitée à un mètre. D’un côté, un garde-fou arrivant au niveau de la ceinture est censé empêcher de tomber dans la Loire en dessous, de l’autre, rien, juste l’eau du canal. Il est évident que, chargé comme il l’est et avec un centre de gravité relativement haut, le vélo doit être bien tenu pour éviter tout dérapage.
On est désormais du bon côté pour aller jusqu’à Paray-le-Monial. Retrouver ce lieu, que j’ai déjà fréquenté du temps de mon mariage, ne me ravit pas. Aujourd’hui, je le trouve trop bien organisé, trop comme il faut, trop propre sur lui entre les façades ravalées, les bénévoles tellement pleins de bonnes intentions qu’ils en perdent leur spontanéité et la citation – tronquée puisque ne reprenant pas la mise en cause des religieux – du Christ à Marguerite-Marie Alacoque vue je ne sais plus où : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes. Pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes. » Bref, ce sanctuaire était sur le chemin le plus court dans la mesure où il était évident de faire étape à Taizé, donc je m’y arrête et j’y prie à ma façon et comme je peux, déjà trop accidenté dans ma jeunesse par les discours culpabilisants pour pouvoir en accepter d’autres. L’étape ne dure que quelques heures.
Je repars sans regret sur de nouvelles montagnes russes. Le chemin passe par Charolles et je prévois de passer la nuit au camping municipal de Saint-Bonnet-de-Joux. Mais le prospectus n’est pas à jour et le lieu est désert. De plus, on trouve près des sanitaires fermés une collection de bouteilles de bière. Courageux, mais pas téméraire et sans envie particulière de me trouver nez à nez au milieu de la nuit avec des personnes au mieux alcoolisées, je me replie vers l’église du village. Sur la feuille de messe, il y a un numéro de téléphone, mais qui ne répond pas. Lorsqu’une dame vient dans l’église, je lui demande s’il est possible de se faire héberger par la paroisse, mais elle ne sait rien. Ou plutôt, elle sait que quand le curé est là, il gare sa voiture dans la cour du presbytère qui est juste à côté, devant et non dans le garage. L’auto n’y est pas.
Pierre FRANÇOIS






