Spiritualité : Route pèlerine pour la paix, premier segment : mont Saint-Michel – Villeurbanne (20).

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La traversée de Moulins, comme toutes les traversées de villes, commence bien et se termine, après avoir tourné en rond, péniblement. Surplombant la ville, au moment d’y entrer, un supermarché Leclerc se trouve là. Afin de combattre cet état brumeux qui me poursuit depuis quelques jours, je vais directement au rayon boucherie, demande deux gros steaks hachés et les mange tels quels à la sortie du magasin, à côté du parking à vélo et en face d’une laverie automatique en plein air. Pour compléter le tout, je retourne à l’intérieur pour avaler un café, même si cette boisson me fait un effet de plus en plus relatif, et passer aux toilettes. Le cap est alors mis sur l’abbaye de Sept-Fons. Juste avant, à Dompierre-sur-Besbre, j’aperçois une charcuterie en face d’un jardin public. Je croyais avoir raté l’embranchement pour l’abbaye, mais le charcutier m’explique qu’elle est à environ deux kilomètres de là, puis m’indique le chemin et, en plus du pâté de tête persillé que je lui avais demandé, me fait cadeau d’un demi-saucisson qu’il tranche sous mes yeux.

Une grande chambre.

Une fois l’embranchement pris, la route, qui commence par traverser une zone industrielle, se révèle sans charme particulier quand, soudain, le bâtiment cistercien trappiste surgit de l’autre côté d’un pont. Bas et très long, il n’est orné que d’un portail surmonté d’une statue les bras ouverts pour accueillir le passant. La longueur de cette façade est telle qu’une route la longe vers la droite pour les livraisons et une autre vers la gauche pour accéder à l’accueil. Sans doute était-ce l’heure de vêpres, car il n’y a personne dans la petite pièce ouverte, juste un téléphone avec quelques numéros de poste inscrits sur une feuille. Quelques essais, tant à celui de l’hôtelier qu’à celui de l’accueil, ne donnent rien. Déterminé à m’arrêter là, je commence à lorgner le fauteuil de style Voltaire qui se trouve dans un coin en m’interrogeant au sujet de son confort pour dormir. Un dernier essai, vers le poste de la boutique, est couronné de succès. Un moine arrive dans les trois minutes, me demande combien de temps je reste, m’emmène poser le vélo à l’abri et me conduit à une chambre en prenant soin de me faire passer par un itinéraire permettant de repérer l’église et le réfectoire. Au passage, il indique à un de ses frères d’ajouter un couvert pour le repas. Ce qui est sûrement une ancienne cellule est assez vaste pour y loger deux lits, un bureau, une table de nuit et un lavabo. Les douches et toilettes sont un peu plus loin dans le couloir. Sur chaque lit sont déjà disposés des draps, couvertures et serviettes de toilette. Une fois débarbouillé et un peu reposé, j’assiste à Complies, le dernier office du jour, et, le lendemain, à la messe. Le seul souci étant que, dans la mesure où ils ont leur liturgie propre, on ne se retrouve ni dans l’ordre des chants et hymnes ni dans les airs des mélodies. Le livret distribué à l’entrée n’est donc utile qu’aux habitués.
Pierre FRANÇOIS