Actu. Communiqués de presse du SNJ du 9/9 : Si même un premier ministre ne respecte pas la liberté d’informer…

Lundi 7 septembre, dans la soirée, les services du Premier ministre ont informé par voie de communiqué avoir effectué un signalement au titre de l’article 40 auprès de la procureure de la République de Paris. En cause, des faits « susceptibles d’influer sur la vie économique du pays, notamment en troublant la vie des affaires ». Ils vont même jusqu’à invoquer « les intérêts supérieurs de l’Etat et de la Nation ». Rien que ça !
Quels sont ces faits tellement graves qu’ils nécessitent un signalement du Premier ministre ? Les informations publiées par le quotidien économique Les Echos le dimanche 6 septembre sur le prochain projet de loi finances et plus précisément sur une réforme de l’épargne salariale.
La Déclaration de Munich, qui fait foi dans la profession en matière de déontologie, rappelle que « Les journalistes revendiquent le libre accès à toutes les sources d’information et le droit d’enquêter librement sur tous les faits qui conditionnent la vie publique. Le secret des affaires publiques ou privées ne peut en ce cas être opposé au journaliste que par exception en vertu de motifs clairement exprimés ». Or, la connaissance par les citoyens et citoyennes des pistes et des choix politiques du gouvernement sur l’utilisation de l’argent public et des impôts des contribuables relève à l’évidence d’une information d’intérêt général.
Le choix du Premier ministre Sébastien Lecornu est inquiétant car, en évoquant « un possible abus de confiance ou une violation du secret professionnel », il s’adresse directement aux sources des journalistes, leur laissant entendre des sanctions potentielles en cas de découverte des informateurs. Une attaque claire contre le secret des sources.
Un choix inquiétant contre la liberté d’informer, un principe à valeur constitutionnelle que l’Etat devrait garantir, et le cœur même du métier de journaliste. Cette pression judiciaire pourrait inciter les sources à se taire, les professionnels à ne plus révéler par crainte du passage devant le tribunal et les directions à s’inquiéter des conséquences, notamment financières, de telles procédures.
Le Syndicat national des journalistes (SNJ), première organisation de la profession, appelle le gouvernement Lecornu à non seulement garantir la protection du secret des sources, mais également à la renforcer comme l’y ont incité 110 organisations dans une lettre ouverte publiée en janvier 2025. Il s’honorerait à mettre enfin en conformité le droit national avec les principes contenus dans le règlement européen pour la liberté des médias (EMFA) pleinement applicable depuis le 8 août 2025. La liberté de la presse est un pilier de la démocratie qu’un premier ministre doit respecter.