Socio-politique : la sécurité, cache-sexe pour l’intolérance ?

Sacrée ou maudite sécurité ?
La sécurité semble être parfois la couverture de l’intolérance.
Veut-on faire fermer un théâtre ? On fera intervenir la commission de sécurité qui y trouvera presque toujours un motif pour y parvenir. De temps en temps, il suffit d’en parler. Quand J.-L. Jeener a dû quitter la crypte sainte Agnès, sous l’église Saint-Eustache — et il est exact qu’il n’y avait pas d’issue de secours — le motif premier était-il la sécurité ou des divergences d’opinion entre ce comédien-metteur en scène-auteur travaillant au Figaro et le nouveau curé ?
Pour un bar, le thème de la sécurité peut être décliné sous d’autres formes, par exemple l’hygiène. En mai dernier, « des CRS, des membres des services d’hygiène, de la douane, de l’Urssaf… », relate une des gérantes, débarquent par surprise au « Bonjour Madame », vérifient tout et finissent par relever que la licence IV permettant de vendre de l’alcool est encore au nom de l’ancien gérant, ce qui entraîne la fermeture temporaire de l’établissement. La préfecture explique qu’il s’agit d’une opération banale et qu’il y avait plusieurs infractions : « défaut de licence IV » et « consommation d’alcool sur la voie publique malgré un arrêté préfectoral l’interdisant ». Il se trouve que ce bar « culturel et militant » se situe dans la mouvance queer et féministe et a condamné les violences policières, mais on ne voit pas en quoi il y aurait un rapport de cause à effet.
Franchissons les frontières. L’agence Associated Press indique ce 24 janvier que Chris Avell, pasteur de l’église Dad’s Place de la petite ville (8600 habitants) de Bryan (Ohio), vient de déposer une plainte fédérale. Motif ? La police municipale a déposé contre lui dix-huit accusations pénales au motif que son église, située en face d’un refuge pour sans-abri, violait les règles de zonage, ne comportait pas de cuisine, avait une buanderie et une ventilation inadaptées et des sorties de secours dangereuses. La sécurité, toujours la sécurité, mais sûrement pas un désaccord sur le fait qu’il ait décidé d’ouvrir son église vingt-quatre heures sur vingt-quatre aux sans-abri.
Mais, la sécurité, c’est important ! D’ailleurs, notre constitution ne dit-elle pas dans son préambule que « Le peuple français proclame solennellement son attachement… aux droits et devoirs définis dans la Charte de l’environnement de 2004. », laquelle dispose en son article 5 que « Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d’attributions, à la mise en œuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage. »
Contradiction ? Vous avez dit glyphosate ? Réchauffement climatique ? Mais vous n’avez rien compris ! Restez dans la norme soviétique ou mussolinienne, c’est tout un, n’ayez ni idée ni comportement déviant et tout ira bien.
Pierre FRANÇOIS

Photo : Bruce Gerencser.

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