Titre : Théâtre : Le spectacle continue (6).

Emma la clown met-elle encore son nez rouge pendant ces temps moroses ? En tout cas, quand on lui demande quelle est la constante qui relie tous ses spectacles, la réponse fuse : « l’amour, uniquement », avec quand même un codicille pour ses « causeries » lors desquelles elle invite des personnes qui viennent vulgariser leur science. Dans ces moments où elle se met en retrait (relatif, il faut bien compenser l’aridité de certaines démonstrations par de la détente), l’intention est celle du partage, qui n’est après tout qu’une variante de ce qui précède.

Partage qu’elle a amplifié ces derniers temps, lorsqu’elle a mis en ligne sur son site ses causeries à la salle Gaveau avec Natalie Dessay (où elle prend une leçon de chant), Étienne Klein, Juliette et Hubert Reeves, en attendant la dernière, celle avec Anne Queffélec.

Le confinement, elle l’a vu comme le rappel d’une traversée que nous avons tous à faire en compagnie unique de nous-mêmes. Laquelle nous aide à philosopher, à se demander ce qui doit changer ou durer, à réfléchir sur la façon dont nous utilisons l’espace, dont fonctionne notre société. Pour elle, cela a aussi été un moment durant lequel elle a été invitée à « ne rien faire, sans culpabilité, car cela faisait 28 ans que je n’avais pas arrêté de travailler ». Elle note qu’à travers cette inaction il y a eu « quelque chose qui devient plus cool, plus profond ». Ce qui est logique puisque, comme elle le confie encore, « la vie nous fait toujours avancer vers le bien ; le chemin sur lequel elle nous fait marcher est celui d’une libération progressive ».

À titre professionnel, celle qui a désormais l’impression de ne plus amuser dans la mesure où elle ne voit plus les sourires sous les masques se pose désormais la question de savoir ce qu’elle peut changer dans ses spectacles. « Que vient-on faire sur scène ? », demande-t-elle, et de donner immédiatement la réponse : « c’est un lieu où il y a beaucoup d’ego et je sens qu’il faut changer quelque chose au rituel du spectacle, être plus dans le partage. ». Et de conclure que « peut-être faut-il inventer d’autres espaces ? ».

C’est déjà le cas pour les Dialogues en humanité auxquels elle participe depuis des années et qui auront cette fois-ci à distance. « Cela fera moins de trajets en avion et plus de participants », dit-elle, car un certain nombre d’intervenants (« des gens magnifiques ») viennent traditionnellement au parc de la Tête d’or de Lyon de loin.

Pour la tournée qu’elle est en train de remettre sur pied dans la région de Lannion, peu de changement : « Emma la clown voyante extra lucide » se joue déjà en extérieur.

Les dialogues en humanité

Il n’est pas étonnant qu’Emma la clown, qui a été entraîné là il y a des années par Catherine Dolto revienne à chaque édition aux rencontres www.dialoguesenhumanite.org qui, depuis dix-sept ans réunissent des personnes au parc de la Tête d’or de Lyon, le temps d’un « festival citoyen gratuit pour se faire du bien » lors du premier week-end de juillet. Des personnes du monde entier viennent y débattre de ce qu’il est souhaitable de créer ou changer et, parmi les particularités, on note le fait que des espaces et des moments sont consacrés à la mise en relation en vue de collaborations. On note par ailleurs que dans les moments d’agora « la règle d’or des échanges est fondée sur l’écoute bienveillante et le respect mutuel. Enfants, adolescents, adultes, parents, artistes, militants associatifs, chefs d’entreprise, citoyens du monde… ». De locale, la manifestation est devenue un mouvement qui essaime depuis 2009 : désormais des événements dans le même esprit existent à Addis-Abeba et Dire Dawa en Éthiopie, Porto-Novo, Ouida, Cotonou au Bénin, Lomé au Togo, Bangui en Centrafrique, Abou Gosh, Foz do Iguaçu, Rio de Janeiro, Terra Mirim, Itacaré au Brésil, Hammamet et Tunis en Tunisie, et se décentralise dans des festivals amis en France, Italie, Belgique, Angleterre, Espagne, États-Unis, Canada, Mali, Inde, Suisse, Arménie, Algérie ou même dans certaines entreprises.

Si Emma la clown y retourne depuis si longtemps, c’est parce qu’elle est touchée par la liberté d’esprit et de cœur qui s’y manifeste. Parmi les thèmes abordés, celui de l’alimentation l’intéresse particulièrement et c’est ainsi qu’elle a appris qu’il n’y a pas de commune mesure, en termes de dépense d’eau, entre la culture du riz et celle du millet*.

Pierre FRANÇOIS

* Le millet comporte plus de protéines, lipides, eau, fibres et acide alpha-linolénique LNA (18:3ω-3) (cis et/ou trans) que le riz qui, par contre, contient plus de glucides et fournit plus d’énergie. Source : https://www.lanutrition.fr/riz-blanc-grain-moyen-cuit et https://www.lanutrition.fr/millet-cuit

Photo : Amélie Baudry.

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