Poésie : Zygmunt Blazynsky reste dans les cœur

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Zygmunt Blazynsky est parti. Pour toujours. Celui qui répondait « avec un t, comme tonnerre » quand on lui demandait comment se terminait son prénom a fini par faire le grand saut. On le savait malade. Mais surtout, on le savait comme personne de sorte que l’annonce de sa mort a surpris même si on connaissait l’issue prévisible de celle qu’on appelle pudiquement une « longue maladie ».
Zygmunt, c’était la veuve de Patrice de la Tour du Pin me demandant en aparté et un peu inquiète, alors qu’il m’avait fait l’honneur de l’accompagner chez elle au moment de lui parler d’un récital à venir, « Il veut donner en même temps des poèmes de mon mari et de Milosz, ce n’est pas le même style, vous le connaissez bien ? ». Et chacun sait combien ce récital fut réussi, comme les autres.
Zygmunt était un homme libre autant qu’un chercheur passionné. En poésie, et on vient d’en avoir l’illustration. 
Mais aussi en matière spirituelle. S’il avait quitté les sentiers balisés, il n’était pas pour autant tombé dans quelque ornière. Il savait que la démarche de Rainer Maria Rilke, pourtant célébré par les chrétiens, était d’introspection et non d’adoration. Et, d’une certaine façon, s’en inspirait. Sans doute avait-il mieux compris que d’autres le passage de Saint Augustin « tu étais au-dedans de moi »…
Son originalité, il ne la cultivait pas, il la vivait. Sa liberté lui permettait à la fois de reconnaître la richesse de toutes les spiritualités et de vouer une admiration sans borne à l’égard des Jésuites qu’il rencontrait régulièrement à la crypte du martyrium de saint Denis, lieu de fondation spirituelle de leur ordre. Ces derniers le lui ont bien rendu en lui rendant hommage un 31 juillet, fête jésuite s’il en est, et en déplaçant la messe de saint Ignace de la crypte – où ils venaient de lui rendre hommage – à la paroisse voisine.
Mais la moindre des choses est de lui laisser la parole une dernière fois : « Puisse notre cœur être le sanctuaire de la nature où les idéaux les plus sacrés peuvent être gardés et où nous pouvons rêver d’une vision nouvelle pour et avec la terre. Lisons le manuscrit sacré de la nature et redécouvrons un langage oublié qui nous entraîne dans l’âme mystérieuse de notre monde naturel. Puissent nos prières communes et nos pensées sanctifiées se répandre alentours et puissent les molécules de la matière toute entière être restructurées en fréquence d’amour plus élevées. ». 
Pierre FRANÇOIS

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