Théâtre : « Cherchez la faute ! », d’après Marie Balmary au Théâtre de l’aquarium, à Paris.

Quelle pomme ?
« Cherchez la faute » est une pièce dont on a déjà dit tout le bien qu’il fallait en penser il y a dix ans, lors de sa création au Théâtre Paris Villette. Il s’agit d’une adaptation du livre de Marie Balmary « La divine origine / Dieu n’a pas créé l’homme », laquelle porte un regard d’exégète et de psychanalyste humaniste sur les textes sacrés. Si l’étude ici menée ne présuppose pas le caractère inspiré du texte, on est clairement dans une recherche honnête qui reprend la méthode même – la rigueur, parfois – de l’exégèse. Et dans une mise en scène qui est un copier-coller réussi d’une réunion de travail exégétique. 
La première chose que nous apprend cette pièce, et bien des prêtres lui en seront sûrement reconnaissants, est qu’il faut se garder de toute lecture sentimentale de l’Écriture. On n’y trouve alors que ce à quoi on est sensible et pas forcément ce dont elle parle(1). D’aucun trouveront que les mots du texte sont passablement torturés, au point de lui faire dire autant sa vérité que celle défendue par Marie Balmary, il n’empêche : se donner une méthode commune de travail pour s’obliger réciproquement à la respecter est le seul moyen d’avancer à plusieurs voix vers la vérité qui se dégage à une époque donnée du fait du terrain qui a été défriché par nos ancêtres(2). Cela aussi, la pièce le montre très bien.
Certes, on peut reconnaître certaines erreurs méthodologiques, comme de vouloir tirer des conclusions à partir du rapprochement de mots appartenant au premier et au second récits de la création, qui ont quand même quelques siècles de décalage et des visées pédagogiques différentes. Mais, on l’a dit, Marie Balmary est un franc tireur d’inspiration lacanienne au royaume de l’exégèse et, ne l’oublions pas, il s’agit d’une pièce de théâtre, pas d’une introduction aux différentes écoles exégétiques(3).
Qui a pourtant un effet inattendu : beaucoup de gens restent au débat qui suit la pièce et sont capables d’échanger avec modestie et sans passion. « C’est comme cela à chaque fois », confesse le metteur en scène, qui se demande par ailleurs s’il pourrait aujourd’hui continuer à jouer cette pièce dans des salles de classe comme ce fut le cas dans le passé.
Le thème de la pièce n’est sûrement pas étranger à ce fait : il s’agit de voir comment le mot de faute ne figure pas dans le récit du jardin d’Éden et comment Dieu, qui a tout créé, laisse à l’homme le soin de nommer le règne animal, puis de reconnaître comme de son espèce et néanmoins différente la femme. Enfin, de réfléchir sur les interactions entre les notions de création, d’identité, de relation et de différence. Tout un programme ! Mais passionnant… Et attention : la jauge est réduite à soixante-dix spectateurs en raison de la mise en scène.
Pierre FRANÇOIS
« Cherchez la faute ! », d’après Marie Balmary. Mise en scène : François Rancillac. Avec : Danielle Chinsky, Daniel Kenigsberg, Frédéric Révérend, François Rancillac ou Fatima Soualhia Manet. Du mardi au samedi à 20 heures, le dimanche à 16 heures du 9 au 21 janvier au Théâtre de l’aquarium, Cartoucherie, route du champ de manœuvre, 75012 Paris, tél. 01 43 74 99 61, www.theatredelaquarium.com
Tournée : le 15 janvier au Granit de Belfort, les 23 et 24 janvier au Trhéâtre de la Madeleine de Troyes, le 30 janvier au Théâtre Francis-Planté d’Orthez, les 2 et 3 février à la Maison des arts du Léman de Thonon-les-Bains, les 8 et 9 février au Panta-théâtre de Caen, du 15 au 17 février à La Filature de Mulhouse, le 22 février au Théâtre de Lisieux, du 13 au 17 mars à l’Olympia de Tours, du 22 au 25 mai au Quai d’Angers, le 13 juin au Théâtre Victor Hugo de Bagneux.


(1)C’est ainsi que la « parabole du fils prodigue » est devenue la « parabole du père et des deux fils », parce que nous sommes plus atteints par la conduite du fils cadet que par celle du père alors que le père est cité dix fois contre six pour les deux fils réunis.
(2)Le mot latin de « traditio » signifie d’ailleurs à la fois « transmission » et « enseignement ».
(3)On ne reprochera donc pas à la pièce de passer sous silence la méthode historico-critique, par exemple, alors qu’étudier le texte hors de son contexte peut amener à des contresens. Le plus connu étant « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt 27, 46 ; Mc 15, 35) qui est une citation de Ps 22, 2, lequel se continue au verset 25 par « il n’a ni mépris ni dédain pour les peines du misérable, et il ne lui cache point sa face mais il l’écoute quand il crie à lui » avant de se terminer par sept versets glorifiant Dieu pour ses bontés. Évidemment, à l’époque de Jésus comme de la rédaction des Évangiles – et encore maintenant – tous les juifs pratiquants connaissaient par cœur les psaumes et pouvaient continuer in petto la récitation que le Christ avait entamée.

Photo : Pierre Francois

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