Théâtre : « Les Vibrants », d’Aïda Asgharzadeh au Studio des Champs-Élysées, à Paris.

Guerriers et artistes.
« les Vibrants » est une pièce dont presque tous les personnages sont rugueux. Il y a de quoi. Elle met en scène une « gueule cassée » de la Grande guerre, l'infirmière en chef qui se doit de ne permettre à aucun miroir d'entrer dans le service, un colonel à moitié fou… et Sarah Bernhard qui ne s'en laisse pas conter, avec sa jambe de bois. Au milieu de ces caractères trempés ou égarés, un ange se promène, telle la vraie Roxane de ce Cyrano malgré lui : Sylvie, son infirmière sensible et attentive.
Le thème ? Ne serions nous pas tous le Cyrano ou la Roxane de quelqu'un ? Les références – explicites – à ces deux personnalités sont bienvenues et pertinentes. Personne n'est un héros sans faiblesse ou une ordure accomplie. Mais, dans cet entre-deux permanent qu'est la vie, il y a place, à cause des circonstances qui nous sont imposées, à des actions dont on ne se savait pas le courage.
Le moyen ? Faire voyager le spectateur dans la tête d'un homme qui a reçu des éclats d'obus au visage, dans ses bribes de souvenir, ses doutes, ses blocages,ses souffrances. Et montrer comment c'est une autre souffrante – Sarah Bernhard, donc – qui va le remettre sur un chemin d'estime de lui-même après que son infirmière lui ait accordé un sursis.
La pièce est rude, certes, mais très bien montée. Elle possède un accent de vérité rare. Au point qu'on se demande si elle n'est pas inspirée d'un fait réel*. On est sensible à la souffrance de chacun des personnages. Heureux de la rédemption qui s'accomplit. Et subtilement invité à réfléchir sur nos propres ressources.
Pierre FRANÇOIS
« Les Vibrants », d’Aïda Asgharzadeh. Avec Aïda  Asgharzadeh ou Élisabeth Ventura, Benjamin Breniere, Matthieu Hornuss, Amélie Manet. Mise en scène : Quentin Defalt. Du mardi au samedi à 20 h 30, dimanche à 16 heures au Studio des Champs-Élysées, 15, avenue Montaigne, 75008 Paris, métro Alma-Marceau, Franklin-Roosevelt, tél. 01 53 23 99 19, www.comediedeschampselysees.com
*Non, mais elle est complètement vraisemblable. En 1916, Émile Fabre, administrateur de la Comédie française s’inspire de l’initiative du Maréchal de Saxe au XVIIIe siècle pour créer le « Théâtre aux armées », à distinguer du « Théâtre au front » qui n’était constitué que d’amateurs. Dès février 1916 c’est près de Beauvais que Julia Bartet, Marie-Thérèse Kolb ou encore Béatrix Dussane jouent des airs d’Offenbach, des scènes comiques, de vieilles chansons, récitent des poèmes et achèvent le spectacle par la Marseillaise. Au total, ce sont plus de 300 artistes – dont Cécile Sorel ou Sarah Bernhardt – qui ont donné bénévolement environ 1 200 représentations, parfois à quelques kilomètres seulement de la ligne de front (le 3 avril, à Nieuport, des bombes tombent à deux cents mètres du théâtre et au moment de Verdun, l’État-major leur fait signer une déclaration indiquant qu’il s’y rendent de leur plein gré à leurs risques et périls). C’est en mai de la même année que Sarah Bernhardt, récemment amputée de la jambe (d’où son surnom de « Madame la Chaise », car elle devait être transportée en chaise à porteur) joue en Lorraine. 
Les artistes de la Comédie française n’étaient pas les seuls à constituer le « Théâtre aux armées », on y trouvait aussi des chanteurs et danseurs de l’Opéra, voire quelques artistes de music-hall. Les représentations se devaient d’être courtes et nécessitant peu de personnages, d’où l’exploitation fréquente des œuvres de Courteline, Max Maurey, Maurice de Féraudy, André Picard, André de Lorde, Sacha Guitry ou, pour le chant, de grands airs de Bizet, Massenet, Gounod…

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