Théâtre : ambiance avant une première

Étrange cohorte que ces dix personnes patientant devant la salle. On donnait ce soir là «le corps de mon père ». Un Daumier certainement aurait rendu l’ambiance qui régnait parmi eux. On n’y voyait pas la frénésie qui agite souvent les spectateurs. Aucune femme n’était apprêtée, joie suprême du théâtre. Le trait particulier de cette curieuse société était de n’en n’avoir aucun. Pourtant quand l’attachée de presse vint les prier de faire silence il y avait dans le ton de sa voix, une forme de révérence. N’importe quel acteur sensé qui les eut entendu en ce moment précis eut hésité à monter sur scène. Ce vieillard aux traits mous ne jurait que par le théâtre élisabéthain, cette femme un peu trop maquillée était toujours déçue par les pièces qu’elle voyait. Les autres étaient à l’avenant. Curieuse tauromachie qui se jouait ce soir là où quinze matadors affrontaient un homme seul sur scène. Leur vrai crime était d’être blasés, ils avaient tous vu, rien ne les surprenait plus. Pourtant ces hommes, ces femmes étaient les derniers dieux de notre monde moderne. Par la magie de leur verbe, ils emplissaient les salles. D’une parole assassine, ils brisaient une carrière. Ils étaient les critiques.
Stéphane

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