Spectacle musical : « Kiki, le Montparnasse des années folles », fantaisie musicale d’Hervé Devolder au Théâtre de la huchette à Paris.

« Kiki », c'est bien sûr Alice Prin (1901-1953), surnommée par un de ses amis Aliki, d'où Kiki, la reine du Montparnasse des années folles. La pièce commence par la projection de son enterrement en présence de Foujita, un de ses amis fidèles. Puis, la comédienne surgit pour brosser un tableau rapide de ses origines. Une mère de 19 ans qui la met au monde dans la rue, un père qui a préféré se marier à une femme riche, la demi-sœur qu'elle retrouve bien habillée en classe tandis que la maîtresse, qui n'aime pas la pauvreté, envoie Alice au piquet plus souvent qu'à son tour. Mais si sa mère est distante, sa grand-mère est pour elle un puits sans fond de bonté. Puis arrive le moment où elle doit, elle aussi, monter à Paris pour y chercher du travail…
Tout cela, et la suite, est raconté avec verve et vivacité. On visualise ce qui est dit, on se délecte d'entendre la comédienne chanter les airs grivois de l'époque sans la moindre fausse note et en y mettant juste l'émotion nécessaire. On sent battre le cœur de cette période folle de l'entre-deux guerres. On s'attache à cette femme qui a dû se battre sans cesse, et pas particulièrement contre les hommes. Soutine, Mendjizki, Modigliani, Foujita, Man Ray, Tzara, Picabia, Max Ernst, van Dongen, mais aussi Soupault, Aragon, Breton, Eluard, Duchamp et tant d'autres furent en effet de ses amis, même si elle ne comprenait pas ce qui pouvait différencier dadaïstes et surréalistes. On admire ses talents multiples, de vendeuse en boulangerie à tenancière de cabaret en passant par artiste peintre ou laveuse de bouteilles. On réalise que « Violon d'Ingres » de Man Ray ou « Nu couché à la toile de Jouy » de Foujita, « Nu assis » de Kisling », c'est elle ! Et tant d'autres œuvres reconnues… Car elle ne fut pas que modèle ou amante, elle a aussi été muse, une de ces rares personnes capables d'inspirer les artistes simplement en se tenant devant eux. Et pas forcément grâce à sa plastique : si elle était parfaite dans sa jeunesse, les 80 kilos de ses 33 ans font dire à Per Grogh que sa « croupe est très belle » et qu'elle lui évoque « un trois mats toutes voiles dehors ». Elle est aussi généreuse, elle qui s'épuise à chanter dans les cabarets pour payer les soins médicaux de sa mère et d'Henri Broca. Et pourtant… Quand sa grand-mère meurt, elle s'aperçoit que les lettres et cadeaux qu'elle lui avait envoyés ne lui ont été ni remis ni lues, elle n'était pas jugée assez recommandable par l'entourage pour qu'on prenne cette peine !
Il serait injuste de ne pas souligner le talent d'Ariane Cadier, la pianiste. Certes elle est à moitié dissimulée par un voile, mais sa présence est réelle, que ce soit à travers la musique qui fait bien plus que ponctuer le spectacle ou par les quelques répliques qu'elle lance puisqu'elle incarne l'accompagnateur de Kiki.
Ce spectacle est émouvant, instructif, bien joué, bien rythmé, parfait ! Et il doit être vu jusqu'à la projection finale, ahurissante !
Pierre FRANÇOIS
« Kiki, le Montparnasse des années folles », fantaisie musicale d'Hervé Devolder avec Milena Marinelli et, au piano, Ariane Cadier. Du mardi au vendredi à 21 heures, samedi à 16 heures au Théâtre de la huchette, 23, rue de la huchette, 75005 Paris, métro Saint-Michel, tél. : 01 43 26 38 99, www.theatre-huchette.com, reservation@theatre-huchette.com

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