10/06
Comme à chaque fois qu’il est inutile de décharger et recharger le vélo, le départ se fait tôt, vers sept heures. C’est une chance, car la température monte, de plus en plus vite et de plus en plus haut.
Une fois de plus, la voie cyclable – cette fois-ci en terre battue – est au début bordée d’arbres qui entretiennent une relative fraîcheur.
Dans les endroits où il n’y en a pas, la Saône, tout à côté, ne joue aucun rôle en ce sens. À une des intersections permettant d’entrer dans un village, je me renseigne auprès d’un autre cyclotouriste et m’aperçois que nous roulons – sans doute à un demi-kilomètre-heure près – à la même vitesse. Le résultat est amusant. Selon que l’un de nous s’arrête pour se soulager ou manger, on se double provisoirement, jusqu’à ce qu’il disparaisse définitivement à l’horizon. En contournant un ensemble de lacs, je rencontre plusieurs propriétaires de chiens promenant leurs bêtes, manifestement habituées à voir des vélos. L’une d’elles m’accompagne sur quelques mètres, le temps que je puisse regarder le compteur puis dire à sa maîtresse qu’il court à 13 km/h. Il fait de plus en plus chaud. Le bord de la carte papier (Bourgogne) est dépassé et le GPS indique que pour aller à Lyon, il faut passer par Marseille ! Heureusement, la piste cyclable est un axe répertorié avec son nom propre : la Voie bleue. Il suffit donc de suivre. Arrivé à Villefranche-sur-Saône, il y a des restaurants en bordure du fleuve et il est déjà midi. Il est temps de renouveler les quatre bouteilles d’eau. Il y a des tables à l’ombre et la serveuse a bien compris qu’il n’était pas utile de se presser, que l’étape sert aussi à se reposer et éviter la violence du soleil. Une heure et demie plus tard, il est temps de partir, sans savoir à quelle distance on est de Lyon. C’est arrivé devant le panneau « Lyon Caluire et Cuire » que l’évidence s’impose : l’arrivée est toute proche, plus que prévu. Il s’agit désormais de mettre le téléphone à l’ombre pour le refroidir un peu. La chose est compliquée : même la rambarde de sécurité de la route, sur laquelle il repose débarrassé de son étui, est chaude. Le bonhomme n’est pas en meilleur état… S’agissant d’aller, plus précisément, à Villeurbanne, il faut passer la rivière puis le fleuve. Heureusement, de nouveau, la fraîcheur d’un tunnel permet un peu de repos, avant de passer devant le parc de la Tête d’or et de passer devant « Gratte-ciel », un drôle de nom pour des immeubles de 19 étages, mais qui s’explique du fait de la période de construction : les années trente, ce qui en fait les premiers immeubles du genre en France.
Comme d’habitude, ce sont les derniers kilomètres qui sont les plus compliqués, surtout en ville où l’on passe son temps à devoir vérifier les orientations. Mais les pistes cyclables sont très nombreuses et donnent souvent priorité aux piétons. Après avoir tourné et viré pendant plus d’une demi-heure dans le quartier, je finis par trouver mon adresse un peu après 17 heures. J’ai parcouru 1128 kilomètres en vingt jours. C’est deux fois moins vite que ce que j’espérais. Quand Laurence arrive, une demi-heure plus tard, elle s’exclame en me voyant assis sur le bord du trottoir : « Je ne te reconnais pas. » Je sais que la barbe, blanche, me mange le visage et que j’ai bien bronzé, mais tout de même, elle exagère ! À moins que ce soit mon épuisement, que l’on peut lire à mon air un peu plus hagard que d’habitude. Mais il sera temps de repartir dès que les forces seront revenues. En attendant, il s’agit de sortir de cet état second permanent par quelques jours de repos – il en faudra trois, pleins – et d’honorer mon rendez-vous de PET-scan à Paris.
Pierre FRANÇOIS





