Expo. « Mondes arctiques – De l’Alaska au Nunavut » au Musée de Boulogne-sur-Mer jusqu’au 31 décembre 2027.

Approche de l’exhaustivité.
Le musée du château comtal de Boulogne-sur-Mer a reçu récemment de quoi agrandir significativement ses espaces consacrés à l’art inuit.
Au départ, le musée possédait depuis 1875 plus de deux cents œuvres cédées par Alphonse Pinart, dont les deux tiers des pièces – notamment des masques – kodiak réparties dans le monde.
En 2024, Alice Rogoff, philanthrope qui se passionne pour l’Alaska depuis le début des années 2000, donne une centaine d’œuvres au château-musée de Boulogne-sur-Mer pour compléter cette collection, convaincue que « Boulogne est en train de devenir une ville référence pour l’art inuit dans le monde ».
L’an dernier, 350 œuvres inuites rejoignent les précédentes, offertes par deux galeristes spécialisés dans cet art du Grand Nord du Canada* et ayant contribué à le faire reconnaître internationalement. Ils l’ont, par exemple, fait entrer au Musée d’art moderne de la ville de Paris à l’occasion de l’exposition Magiciens de la terre, en 1989.
Aux quelques objets existant antérieurement et évoquant le style d’un musée des arts et traditions populaires – harpons, squelettes de kayaks, outils en os… – se sont ajoutées des œuvres à l’ambition clairement artistique et, parfois même, revendicative d’une identité culturelle. On parle ici des populations s’étendant de Terre-Neuve-et-Labrador au sud-est de la zone jusqu’à la mer de Beaufort pour le Canada, et à l’Alaska pour les États-Unis.
La nouvelle collection, qui court du XIXᵉ siècle à l’époque contemporaine, montre essentiellement des sculptures – en pierre ou en os – et des peintures. La force de plusieurs sculptures est de pouvoir suggérer le mouvement, qu’il s’agisse, par exemple, d’un musicien jouant du tambour ou d’un phoque étendu dont le regard nous interroge avec douceur. L’énergie des œuvres graphiques est tout aussi réelle, mais s’exprime plus à travers la puissance de couleurs contrastées. De temps en temps aussi, l’artiste puise son inspiration dans les personnages mythiques inuits, voire de l’Antiquité, telle cette face de Janus sculptée dans une vertèbre de baleine.
Plus on avance dans le temps, plus les couleurs sont vives et plus l’on ressent l’affirmation multiforme – car il ne s’agit plus seulement de peinture et sculpture, mais aussi d’éléments de la culture traditionnelle, y compris d’une cérémonie photographiée – d’une identité.
Les placards répartis au fil de l’exposition mettent bien en valeur ce dernier aspect. Pour qui écoute de temps en temps Radio Canada (https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere), on n’est pas étonné d’une telle affirmation, tant le souci des « premières nations » a pris d’importance dans la vie politique et sociale du pays, et encore plus après les abus perpétrés dans les pensionnats autochtones (https://www.inspq.qc.ca/rapport-quebecois-sur-la-violence-et-la-sante/la-violence-vecue-en-milieu-autochtone/encadre-2-les-pensionnats-au-canada), dans lesquels le moindre mal était de couper les enfants de leurs racines linguistiques et culturelles.
Un regret existe néanmoins. Les Inuits, à l’occasion du passage des voyageurs voulant leur acheter leurs travaux, ont repéré ce qui se vendait le plus facilement – c’est-à-dire ce qui était au goût des Occidentaux – et cela a influé sur l’évolution de leur art. Il y a donc eu d’une part une volonté de plaire, de l’autre une standardisation qui tend à enfermer cet art dans quelques styles repérés. Ceci étant, cette collection agrandie de l’art inuit exposée jusqu’au 31 décembre 2027 est de toute beauté et a l’immense mérite de couvrir l’ensemble tant géographique que culturel du Grand Nord.

Pierre FRANÇOIS
Musée de Boulogne-sur-Mer, château comtal, ouvert tous les jours sauf le mardi de 9 h 30 à 12 h 30 et de 14 h à 17 h 30. Rue de Bernet, 62200 Boulogne-sur-Mer, tél. +33 (0)3 21 10 02 20, courriel : chateaumusee@ville-boulogne-sur.mer.fr, site : https://musee.boulogne-sur-mer.fr/evenements/mondes-arctiques-de-lalaska-au-nunavut/
Pour s’y rendre :
En voiture, parkings boulevard Eurvin (face au stade de la Libération), esplanade Mariette, enclos de l’Évêché.
En transports en commun :
En train : depuis la gare Boulogne-Ville, puis à pied (25 minutes environ) ou en bus ; depuis la gare de Boulogne-Tintelleries, puis (10 minutes) à pied.
En bus :
— Depuis la gare Boulogne-Ville : prenez la ligne A, E ou C à l’arrêt « Gare SNCF, Boulogne-sur-Mer » et descendez à l’arrêt « Libération ».
— Depuis Nausicaà : prenez la ligne F vers Beethoven à l’arrêt Nausicaa et descendez à l’arrêt Dutertre. Au même arrêt, prenez ensuite la ligne E vers Wicardenne et descendez à l’arrêt Libération.
— Depuis le centre-ville : prenez la navette Néo à l’arrêt Place Dalton et descendez à l’arrêt Libération (navette gratuite).

*Ils ont d’ailleurs exposé une (très petite) partie de leur collection au Centre culturel canadien en janvier 2025. Il s’agissait de mettre en avant la coopérative artistique du village de Kinngait, ex-Cape Dorset. De nombreuses œuvres de cette coopérative se retrouvent actuellement au musée de Boulogne-sur-Mer.