Je comprends alors que c’est cette combinaison de vitesse alors que je donne de la puissance en côte qui cause ces incidents. Je ne recommencerai plus et la roue ne se mettra plus jamais en travers. Une fois Saumur dépassé, c’est une autre musique. La piste est certes asphaltée, mais chaque commune lui fait traverser la route nationale au moins deux fois. Le démarrage au sommet d’un raidillon – c’est régulièrement le cas – avec quinze kilos dans les sacoches pendant que les voitures sont déjà visibles au loin, manque de charme… Tout aussi souvent, la piste fait entrer dans les bourgades par des rues pentues et mal revêtues. Quand il ne s’agit pas de se faire aiguiller vers le « circuit des troglodytes » zigzaguant dans des ruelles étroites, à Souzay-Champigny. La seule solution raisonnable devient alors de rester sur la route nationale qui longe le bord de Loire. De passage à Montsoreau, pensée pour un feuilleton de mon enfance, et je laisse passer l’embranchement vers l’abbaye de Fontevraud, sans regret puisqu’elle n’est plus vivante.
Les derniers kilomètres, c’est connu, sont toujours les plus durs. Cette étape n’échappe pas à la règle. L’arrivée sur Chinon est constituée d’une suite de côtes, dont on ne voit pas la fin. Heureusement, de Chinon à L’Île-Bouchard, on descend de façon presque continue. À l’arrivée, à 19 h 40, la chapelle et l’accueil du pèlerin sont fermés. Mais il y a un camping.
28/05/25
Il est temps de s’offrir un jour de repos. Je reste deux nuits au « Camping de la Vienne », spartiate mais agréable, avec son gérant qui arrose des plantes aromatiques lorsque j’arrive et, par conséquent, renvoie l’inscription au lendemain. Temps aussi d’acheter du Cicatryl pour soulager la progression d’une douleur à l’entrejambe due au frottement de la selle, un chargeur rapide de téléphone pour gagner du temps, un second fil pour pouvoir charger deux batteries à la fois, et un chandail. Petit tour au Super U du coin pour acheter aussi de quoi repriser le pantalon multipoches de toile fine qui sèche en un rien de temps et un savon d’Alep.
Le matin, messe et chapelet à l’église des apparitions. On est chez les « dévisseurs d’ampoules » (le Renouveau charismatique), mais modérés et qui entonnent de belles mélodies, plus enlevées que les berceuses que l’on entend souvent dans les églises. De passage à la boutique, en cherchant une Bible de Jérusalem (dont la traduction est dans un style plus littéraire que celle, technique, de la TOB), j’en fais tomber une autre dans un creux derrière une étagère, dont la commerçante m’indique qu’elle est scellée dans le mur.
Pierre FRANÇOIS




