24/05/25
Réveil à 6 h 30, avec les oiseaux, ici des pigeons qui logent dans le clocher, et quelques poules. Il faut vider et plier la tente très méthodiquement pour éviter d’égarer quoi que ce soit dans les hautes herbes. Puisque je dispose d’un terrain plat et sec à proximité, j’en profite pour faire sécher la toile imperméable. Pendant que la chaleur du soleil fait son effet, je vais avaler deux chocolats, un café et un croissant au bar du coin. Au retour, lorsque je passe à la boutique du réparateur, Dépann cycles, et il m’annonce avoir terminé « dans un quart d’heure ». De fait, le temps de tout plier et rapporter, le vélo est déjà dehors. Il a changé l’axe de la roue en entier, le câble de dérailleur des plateaux qui risquait de céder « dans 300 km » et mis de l’huile et du Dégrip’oil un peu partout. « Cela ne fait pas aller plus vite, dit-il, mais cela aide quand même. » De fait, la roue grinçait déjà au départ, le vélo couchant dehors à Paris. Quand je lui demande ce que je lui dois, la réponse fuse : « Rien », parce que la réparation a été faite avec des pièces d’occasion et qu’il ne compte pas le câble de dérailleur.
Le vélo est récupéré à 10 h 40, il faut le charger puis passer au Biocoop pour acheter des sardines à l’huile. Là, un homme m’indique comment aller à Laval par les petites routes. Ça monte et ça descend. Une fois de plus, il faut recharger le téléphone, à Chailland. C’est là que la trace d’OsmAnd m’emmène face à une voie privée. Il y a clairement un problème de légendage avec OpenStreetMap pour Android, malgré les très nombreux avantages de ce logiciel de conception de trajet. Le souci de précision mène à des nuances peu visibles sur un écran d’ordiphone. Mais il y a aussi parfois un hic concernant le calcul des itinéraires, car il arrive, comme ici, de se retrouver face à un sentier piétonnier ou un escalier alors que l’on a demandé un chemin praticable à vélo. À la décharge des concepteurs de ces cartes, nous ne sommes plus qu’une minorité à nous promener en totale autonomie, donc avec au moins quinze kilos dans les sacoches. Un vélo ainsi chargé n’a pas les mêmes possibilités d’évolution qu’un VTT sans rien sur le porte-bagages. Ceci étant, si j’avais bien épousé l’esprit participatif du site, je me serais inscrit pour compléter les informations qui y figurent. Car c’est là la grande force d’OpenStreetMap : étant participatif, il est sans cesse actualisé et très complet. Sur mille kilomètres de chemins départementaux, vicinaux ou de pistes cyclables, je n’aurai de déception que deux fois.
Je profite de cet arrêt forcé d’une heure, la batterie externe ne chargeant le téléphone que très lentement, pour annoncer mon arrivée à la pasteure EPUF de Laval. Des passants m’expliquent alors comment rejoindre Laval par le chemin de halage, en passant par Saint-Germain-le-Guillaume, Andouillet et Saint-Jean-de-Mayenne. La route est agréable puisqu’elle ne fait que descendre vers le cours d’eau. Le chemin de halage est de bonne qualité et on y roule presque tout le temps à 20 km/h. Auprès de Laval, arrêt dans un club d’aviron pour refaire de l’eau. Le temple protestant est à moins de deux kilomètres, en ligne quasiment droite. Mais le GPS n’est pas d’une précision exemplaire en ville et je me retrouve devant un édifice appelé « Immaculée Conception ». Je suis dans la rue immédiatement parallèle. Une fois arrivé au temple, l’accueil par la pasteure est chaleureux. On prend le temps de discuter longtemps pour faire connaissance avant de prier ensemble – par une suite d’intentions libres – pour la paix. Je suis heureux de commencer à vivre la dimension communautaire de mon pèlerinage. En repartant, non seulement la batterie du téléphone, mais aussi celle de secours, sont à plat. Je traverse la ville le long de la Mayenne en me demandant comment je vais m’en sortir, d’autant plus que la journée est bien avancée.
Pierre FRANÇOIS





