Actu : Chine, espionnage, communiqués, élections…

Deux Chines.

Des élections législatives et présidentielles sont prévues pour le 11 janvier prochain à Taïwan. Le parti Kuomintang, actuellement dans l’opposition, prône des liens étroits avec la Chine continentale, qui est son principal partenaire commercial*. Le 17 septembre dernier, les Îles Salomon décidaient de transférer leur reconnaissance diplomatique de Taipei vers Pékin, qui avait fait pression en ce sens et a commenté cette décision en indiquant que « le gouvernement de la République populaire de Chine est le seul gouvernement légal représentant l’ensemble de la Chine, et Taïwan est une partie inaliénable du territoire chinois », selon une doctrine établie de longue date. L’île n’est donc plus reconnue que par 16 états dans le monde, dont le Vatican qui est en train de normaliser ses relations avec la Chine continentale concernant les ordinations épiscopales.

Fin novembre, un Chinois continental du nom de Wang Liquiang demandait l’asile politique à l’Australie en expliquant avoir eu pour missions des infiltrations en Australie, à Hong-Kong et à Taïwan, où il avait été chargé de saboter les élections municipales de 2018 et présidentielles de 2020. Mais il a expliqué avoir finalement préféré demander l’asile politique, craignant d’être découvert par le contre-espionnage taïwanais.

Selon les autorités chinoises continentales, il s’agit d’un fraudeur qui aurait été condamné à une peine de prison avec sursis pour avoir été reconnu coupable d’une fraude à l’importation d’automobiles d’un montant de 653.000 dollars en 2016.

Néanmoins, selon Alex Joske, l’analyste stratégique qui a participé à l’enquête du journal australien 60 Minutes sur Wang, le gouvernement chinois a constaté que Wang n’avait pas de casier judiciaire lorsqu’il a demandé un visa australien.

La présidente de Taïwan, Tsai Ing-wen, et son Parti progressiste démocratique (DPP) ont réagi en mettant en garde la population contre la volonté d’ingérence de la Chine continentale dans les élections prochaines. En effet, M. Wang a déclaré qu’il avait contribué à orienter l’attention positive des médias vers certains politiciens taïwanais et qu’il leur avait donné de l’argent, notamment au principal opposant du président Tsai, Han Kuo-yu du parti d’opposition Kuomintang.

Enfin, Taïwan a déféré au bureau du procureur de Taipei Xiang Xin et Kung Ching, deux cadres d’une société cotée en bourse à Hong Kong, dénoncés par Wang et soupçonnés d’avoir violé la loi sur la sécurité nationale. L’un d’eux possède 15 entreprises à Hong Kong, notamment dans le secteur des médias ou de l’éducation.

Zhu Fenglian, porte-parole du Bureau des affaires de Taïwan, a indiqué que « Les autorités du DPP et l’escroc ont fait front commun, se livrant à des manipulations politiques sans raison ». « Leur intention est de créer l’illusion que le continent s’implique dans les élections régionales de Taïwan et d’obtenir pour eux-mêmes des avantages électoraux indus ».

Ce même 27 novembre, selon l’agence Reuters, La banque centrale de Taïwan a donné l’ordre à deux grandes banques de change de l’île d’importer en coupures physiques 55 millions de dollars, au cas où une instabilité provoquerait une demande accrue pour pouvoir quitter le pays. Cette demande est traditionnelle avant les élections.

D’après les sondages, mais qui sont peu fiables, l’opposant du Kuomintang serait loin derrière la présidente sortante, au point qu’il a demandé à ses partisans de ne plus réponde aux sondeurs.

Fin décembre, la présidence de Taïwan a mis au point une loi anti-infiltration qu’elle voudrait voir votée avant les élections, laquelle est décriée par le Kuomintang qui y voit une tentative de le faire passer pour un agent de la Chine continentale. Cette dernière a réitéré son opposition au projet de loi et indiqué que c’était une tentative pour « renverser de façon flagrante » la démocratie. Ce à quoi la présidence taïwanaise a répliqué que « La Chine n’a pas de démocratie et pourtant elle critique Taïwan pour avoir renversé la démocratie » ; « La Chine n’a pas d’élections démocratiques et s’immisce dans les élections démocratiques de Taïwan toute la journée. C’est une position absurde et risible ». Enfin, elle a noté que d’autres démocraties dans le monde avaient déjà adopté ou envisageaient d’adopter une telle loi pour empêcher l’ingérence chinoise dans leurs affaires intérieures.

Pierre FRANÇOIS

sources : Reuters, 60 minutes, Wikipedia, Le Figaro

* Taïwan y exportait 82 milliards de dollars et en importait pour 48 milliards en 2014. Par ailleurs, Taïwan dispose d’un important excédent de la balance courante et d’importantes réserves de change, qui s’élevaient à 472,48 milliards de dollars à la fin d’octobre, soit le sixième en importance dans le monde.

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