Musique : Nawal au festival « Villes des musiques du monde »

Spiritualité chantée.
Quoi de mieux, pour illustrer la prochaine édition du festival « Villes des musiques du monde » – qui a pris pour thème les ports et se tient du 14 octobre au 12 novembre(1) – que de trouver une chanteuse dont la musique est enracinée spirituellement ?
C'est le cas de Nawal, dont les origines sont pour le moins métissées : du côté de sa mère, on compte notamment une bisaïeule bretonne, une grand-mère bantoue et un grand-père yéménite d'origine portugaise. Du côté de son père, on retrouve des Yéménites, mais d'origine turque et, surtout, un ancêtre marabout soufi de la communauté comorienne Shadhulya sur la tombe duquel ont lieu des pèlerinages. Quant à sa propre vie, née aux Comores elle est élevée durant ses études secondaires dans la Drôme avant de retourner chanter au pays. Où elle manque le podium du concours « Découverte Rfi », sa mélodie étant  alors trop sous influence de la pop (ce qui lui vaut un temps le surnom de Joan Baez des Comores ; son oncle, avec lequel elle a joué de 1982 à 1984 au sein du groupe Karthala , étant considéré comme le Jimmy Hendrix du pays). Depuis, elle a rééquilibré les influences qui la nourrissent. Elle se tourne ainsi vers la musique soufie, puisqu'une des pratiques de ce mouvement mystique et gnostique musulman (que l'on trouve aussi bien chez les sunnites que chez les chiites) est de chanter tous les noms de Dieu dans leurs zaouïa(2). Elle puise aussi dans la musique bantoue (elle a d'ailleurs des frères qui pratiquent la musique twarab, également bantoue mais avec des influences égyptiennes via Zanzibar). Sans oublier la rumba congolaise qui a bercé son enfance.
Les premiers thèmes de ses chansons critiquent aussi bien l'éducation bourgeoise que les enfants de la rue, qu'elle exhorte à devenir responsable de leur vie au lieu de se poser en victime. C'est lorsqu'elle commence à travailler dans les Centres de musique ruraux qu'elle se met à une étude systématique de la musique. Rapidement, elle utilise les instruments des frères Baschet pour travailler avec des autistes, trisomiques, caractériels, elle qui en parallèle a fait des études supérieures de psychologie. Mais il lui faut finir par choisir, vers 1994, entre les concerts de plus en plus fréquents et les cours. Elle opte pour la scène, mais attend 2001 pour enregistrer son premier album, « Kweli ». Un second sort en 2007, « Aman », qui est en train d'être réédité chez l'éditeur spirituel bien connu Jade(3). Le troisième « Caresse de l'âme », en 2011, a pour originalité d'avoir été enregistré en direct(4).
Sa musique se caractérise par un rythme doux de transe soufie qui interroge Dieu, au début pour lui demander des comptes, désormais pour le prier. Elle a en effet conscience qu'il n'y a pas de faute mais des leçons, que nous ne sommes sur terre qu'en stage, que si nous sommes choisis il nous reste à accepter d'être une des gouttes d'eau d'une des vagues de l'océan qu'est Dieu, que l'émerveillement  est lui-même un acte d'adoration, qu'un cycle s'est terminé et que le prochain est dans les douleurs de l'accouchement, que le Coran dit qu'à la fin des temps et du chaos qui le caractérisera c'est Jésus – qui pour elle symbolise l'amour – qui reviendra. On est bien loin de certains simplismes.
Pierre FRANÇOIS
(1) « Villes des musiques du monde », Portuaires, à Aubervilliers, Bagnolet, Bobigny, Bondy, Épinay-sur-Seine, La Courneuve, Le Blanc-Mesnil, Le Bourget, Montreuil, Pierrefitte-sur-Seine, Paris, Villetaneuse, Gennevilliers, Limours. Tél. 01 48 36 34 02, www.villesdesmusiquesdumonde.com, tarif de 22 € à la gratuité.
(2) centre religieux construit près de la tombe d'un maître considéré comme saint.
(3) Sortie prévue en novembre 2016, http://jade-music.net/
(4) Ces cd peuvent être écoutés en extraits sur son site : https://www.nawali.com/music/

Photo : Pierre François.

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