Théâtre : « Derniers fragments d’un long voyage », de Christiane Singer au Guichet Montparnasse, à Paris.

L'envol.
« Derniers fragments d'un long voyage » est le journal de Christiane Singer à partir du moment où on lui a annoncé qu'il lui restait six mois à vivre. Ce texte adapté au théâtre transpire la vie et l'authenticité à chacune de ses phrases. Pas une once de morbidité, y compris dans le jeu qui exprime pourtant bien la souffrance (et non la douleur). Mais une souffrance qui emmène vers des contrées inconnues, ni inquiétantes ni rassurantes : nouvelles.
Ce texte appartient clairement au registre du témoignage et s'il est littéraire, beau et spirituel, c'est juste parce que Christiane Singer était une femme de lettre qui a obtenu plusieurs distinctions dont le Prix de la langue française et le Prix des écrivains croyants. Elle ne fait pas là œuvre d'auteur, mais d'exploratrice. Comment un auteur – aussi observateur et perspicace soit-il – pourrait-il inventer « Ce qui est bouleversant, c’est que quand tout est détruit, quand il n'y a plus rien, mais vraiment plus rien, il n'y a pas la mort et la vie comme on le croirait, pas du tout. Je vous le jure. Quand il n'y a rien, il n'y a que l'Amour. Il n'y a plus que l'Amour. Tous les barrages craquent. C'est la noyade, l'immersion. L'amour n'est pas un sentiment. C'est la substance même de la création. » ?
L'auteur mêle intimement hauteur spirituelle et gestes quotidiens, telle la toilette faite par une infirmière qu'elle reçoit un jour comme la caresse d'un ange qui la régénère.
Et si le jeu de la comédienne, sorte de chorégraphie immobile, peut paraître au premier abord surprenant ou répétitif, il est en fait parfaitement juste pour qui se laisse prendre à la fois par celui-ci et par le texte. On tient là une pièce originale, didactique, vraie et qui n'est pas le moins du monde pesante, contrairement à ce que pourrait faire penser le thème traité.
Pierre FRANÇOIS
« Derniers fragments d'un long voyage », de Christiane Singer. Avec Jézabel d'Alexis. Mise en scène : Céline Marrou. Vendredi et samedi à 20 h 30, dimanche à 16 h 30 jusqu'au 30 octobre au Guichet Montparnasse, 15, rue du Maine, 75014 Paris, tél. 01 43 27 88 61, métro « Montparnasse-Bienvenüe », « Gaîté », « Edgard Quinet ».

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *