Les journalistes ne sont pas des cibles[
Le Syndicat national des journalistes (SNJ), première organisation de la profession, tient à apporter son soutien aux journalistes menacés, bousculés, frappés et blessés ces derniers jours, alors qu’ils ne faisaient que leur travail, au cours des manifestations pour l’éducation et contre la vie chère.
Le SNJ condamne avec la plus grande fermeté les violences, notamment à l’égard des journalistes. Ces derniers sont là pour documenter, au plus près du terrain, la crise que traverse la France. Sans eux, pas d’écho aux mouvements sociaux ou à la manière dont agissent les forces de l’ordre ou les casseurs.
Les faits que rapportent les médias afin d’éclairer les citoyennes et les citoyens concourent au bon fonctionnement démocratique. S’en prendre aux journalistes n’effacera pas la réalité. Forces de l’ordre ou manifestants : nul ne peut s’arroger le droit de décider ce qui peut être vu et ce qui doit être passé sous silence.
Alors qu’une nouvelle journée de mobilisation se prépare[…], le SNJ appelle solennellement tous les participants, mais aussi toutes les autorités et tous les agents des forces de l’ordre mobilisés, à respecter le travail des reporters.
Multiplication des violences
Les récits documentés par le SNJ ces derniers jours sont proprement scandaleux. Rien qu’à Lyon et rien que ce 17 octobre, des journalistes sont visés par une grenade de désencerclement, comme en témoigne la chaussure brûlée de l’un d’entre eux. Puis un confrère est frappé violemment à la jambe. Un autre empêché de filmer une interpellation. Le pire est atteint lorsqu’un CRS colle son lanceur de balles de défense chargé contre le torse d’un photo-reporter, dont il vise ensuite la tête. Tous ces journalistes étaient dûment identifiés.
Toujours le 17 octobre, à Grenoble, un casseur jette à terre un journaliste reporter d’images du média indépendant Place Gre’net, le frappe et lui vole sa caméra. A Paris ce même jour, quatre reporters de Blast sont blessés, dont un qui doit être hospitalisé, un éclat de grenade de désencerclement logé dans le ventre. A Montpellier, où un confrère avait déjà été percuté par un policier à moto le 2 octobre, c’est un autre journaliste qui annonce être touché par un tir de lanceur de balles de défense.
Même situation à Lille pour un reporter de l’AFP, touché aux jambes par un tir de LBD. Ce 17 octobre, l’agence recense des violences sur cinq de ses journalistes au total à travers la France : l’un visé par un canon à eau à Paris, un autre frappé d’un coup de matraque toujours dans la capitale, et deux touchés par des projectiles lancés par les manifestants à Paris et Rennes. C’est aussi un projectile lancé en l’air qui atteint un reporter à Chambéry.
Le SNJ sera aux côtés de celles et ceux qui iront en justice. D’où qu’elles viennent, ces violences sont intolérables. Comme sont intolérables les réquisitions des parquets pour saisir les images tournées sur le terrain, ce qu’il n’est pas question d’accepter. Un journaliste n’est pas un auxiliaire de justice, c’est un observateur indépendant. Il en va notamment de sa sécurité et de celle de ses sources.
Redoubler de rigueur
Dans ce moment de crise que traverse le pays, le SNJ appelle toutes les consœurs et tous les confrères à redoubler de rigueur dans le traitement des manifestations. Quelle que soit la violence des images, le sensationnalisme ne peut pas tenir lieu de ligne éditoriale. Les faits doivent être vérifiés, analysés, contextualisés, hiérarchisés. Sans laisser de côté des pans entiers du récit.
Le SNJ ne cautionne pas les actions visant à bloquer une rédaction ou à empêcher des médias de diffuser leurs émissions, comme c’était visiblement l’objectif devant Lagardère news, samedi 17 octobre. Mais le syndicat en appelle aux responsables de toutes les rédactions chargées de traiter cette actualité brûlante, ainsi qu’aux commentateurs qui s’expriment sur les plateaux. L’émotion ne peut tenir lieu d’analyse, et la diffusion ou la propagation d’idées visant à attiser la haine à l’égard de certaines populations contrevient à nos textes déontologiques.
Enfin, à toutes les consœurs et à tous les confrères qui seront au plus près des manifestants ce weekend encore, le SNJ exprime sa solidarité, et les appelle à la plus grande prudence : aucun reportage ne mérite d’y laisser la vie.


