Spiritualité : Route pèlerine pour la paix, premier segment : mont Saint-Michel – Villeurbanne (05)

Au milieu des herbes folles

Au presbytère, la dame de permanence réfléchit, hésite, parle d’un bout de pelouse mais n’ose pas le proposer puis téléphone pour connaître la disponibilité d’un local du Secours catholique. Mais il n’y a pas de place, deux personnes l’occupant et une troisième ayant renoncé à y dormir (ou ayant été mise à la porte par les précédentes). Je pars en ville après avoir laissé mon numéro, on ne sait jamais… La première urgence est de trouver un distributeur de billets. Je demande à un cycliste où il est possible d’en trouver un. Il me renseigne et on se raconte des histoires de vélo. De fil en aiguille, je lui parle de mon souci du moment. Il m’explique que tous les hébergements sont complets et hors de prix pour moi. Je lui raconte mon passage au presbytère. Il me répond d’appeler Jean-Luc, un curé « formidable » qui trouvera sûrement une solution. Ne désirant pas introduire de zizanie entre les différentes personnes gérant la paroisse en téléphonant après avoir été éconduit, je préfère le laisser intervenir. Quelques temps plus tard, appel du presbytère pendant que je desserre mon pantalon pour accéder à la pochette à billets et payer de la crème solaire. On m’explique que j’ai salué Jean-Luc lors de mon passage et qu’il y a une place au milieu de quelques herbes folles, au chevet de l’église, sur le terrain du presbytère.

Jardin de curé à Ernée

Le temps de prendre un café dans un bar pour accéder aux toilettes, je reviens et on m’indique l’endroit. Il est étonnant que des personnes puissent imaginer qu’un lieu n’est pas digne d’un campeur dans la panade. Je suis aux anges, seul, à presque toucher l’église, avec le soleil couchant et un potager magnifiquement entretenu devant moi. Je peux retourner chez le réparateur de vélos pour récupérer la tente, le tapis de sol, le sac de couchage et un peu de nourriture. Ce soir-là, le dîner est constitué de trois jaunes d’œufs conservés dans le sel et de six cerneaux de noix. Ce n’est pas de la grande cuisine, mais léger à transporter et efficace du point de vue énergétique. La tente est montée vers 18 h 30, puis je m’offre un long coup de téléphone à Laurence qui sait déjà ce qui se passe puisque je lui ai envoyé une photo dès que la panne a été certaine. C’est une attachée de presse – que je connais depuis plus de vingt ans – qui me téléphone ensuite. Je lui explique qu’il ne m’est pas possible d’aller voir des avant-premières pour Avignon en ce moment et que je fais un pèlerinage pour la paix. Quand j’ajoute que je cherche à prier à cette intention avec des chrétiens, juifs et musulmans, elle me dit que, de confession juive, elle connaît un rabbin qui a été en poste à Villeurbanne et va voir comment je peux contacter cette communauté. À 21 h 30, il ne reste plus qu’à dormir. Je me suis rarement mis au lit si tôt, après avoir mis un message à Marc pour lui annoncer ma venue dans sa communauté, près de Château-Gontier, pour le lendemain.
Pierre FRANÇOIS