Le Syndicat national des journalistes (SNJ), première organisation de la profession, apporte tout son soutien aux journalistes d’Euronews dont le nombre ne cesse de se réduire au fil des ans. Après le plan massif de licenciements ayant abouti à 200 suppressions de postes entre 2023 et 2025, plusieurs vagues successives d’implantation d’outils IA risquent de porter le coup de grâce à la rédaction.
Le propriétaire d’Euronews, le fonds d’investissement Alpac Capital, avait déjà confié la traduction des articles dans les 19 langues de la chaîne à un outil d’intelligence artificielle (IA). Mais ce n’était qu’une première étape. En octobre 2026, la direction d’Euronews franchit une ligne rouge avec l’introduction du « voicing » IA. Concrètement, les journalistes n’assurent plus la voix off d’une part grandissante des sujets d’actualité : le commentaire est lu par une voix synthétique, à partir des textes de la rédaction (traduits automatiquement de surcroît).
Cette tâche de « voicing IA » est confiée au logiciel développé par la startup Dubformer qui se présente comme une plateforme de « doublage IA sous direction humaine ». Cette entreprise est fondée par d’anciens salariés de Yandex, multinationale russe du secteur des technologies de l’information, propriétaire du moteur de recherche éponyme et de services Internet en Russie, Biélorussie, Kazakhstan – de facto sous le contrôle total de l’État russe et soumis à sa censure. Dans le contexte de la guerre hybride que mène la Russie en Europe à la suite de son agression contre l’Ukraine, ce choix interroge. Ses motivations n’ont pas été présentées au comité social et économique d’Euronews.
Avec Dubformer, les journalistes d’Euronews n’ont plus la capacité de vérifier les informations contenues dans le script, de croiser les sources, car on leur demande de travailler toujours plus vite, « pour un gain de temps estimé à 40 % », selon la direction (sic!). La mission même d’un journalisme professionnel et responsable est menacée. L’information est déshumanisée, littéralement et la confiance avec le public se rompt.
Informer les audiences qu’un outil d’IA a été utilisé dans la réalisation d’un contenu diffusé ou publié n’est qu’une obligation minimale dont le SNJ ne saurait se satisfaire. Nous réaffirmons notre opposition totale et ferme à la transformation des journalistes en simples opérateurs d’outils IA. Le SNJ appelle la direction d’Euronews à revenir sur ce projet, qui met en péril les conditions de travail des journalistes et la qualité de l’information.


