Une réponse fuse : « Tout droit et à droite. » Me voilà reparti en me demandant à droite au bout de quelle distance, et d’autant plus préoccupé que l’heure tourne et que je crains d’arriver trop tard. Un panneau indique, vers la droite justement, la Maison du patrimoine et je tente ma chance d’y avoir un renseignement plus précis. Surprise, cette maison est précisément l’auberge.
Une vraie, réservée aux pèlerins de Saint-Jacques. Quand je sonne, un homme, de l’autre côté du carreau, me dit quelque chose que je ne comprends pas et ne m’ouvre pas. Heureusement, un numéro de téléphone est affiché. Je contacte la personne, qui me dit d’utiliser la boite à clefs, mais je ne comprends pas quel est le code. Cinq minutes plus tard, elle arrive, ouvre, m’explique que l’autre personne est un pèlerin ne parlant que le hollandais et me montre les lieux. Ce gîte communal est réservé aux pèlerins munis de leur crédential – le sésame pour avoir accès aux auberges les moins chères –, mais elle accepte mon carnet du miquelot (puisque je suis sur un itinéraire dédié à saint Michel).
Le logis est vaste. La salle de bain est toute propre. L’endroit est chauffé. Il y a une chambre au rez-de-chaussée, où s’est installé le Hollandais. Il reste une immense mezzanine dans laquelle je m’installe à proximité d’une fenêtre et d’une prise électrique. Les couvertures sont fournies. Le luxe, en somme. Il y a même une collection de Nouveau Testament au format de poche et à la couverture plastifiée. J’en prends deux en me promettant d’envoyer leur prix plus tard (il serait temps que je le fasse !). Dans la soirée, je tente une conversation en anglais avec le Hollandais. Il chemine à pied vers Compostelle, n’ayant plus, dit-il, l’âge de faire du vélo, et a sur lui une collection de fiches indiquant toutes les ressources que l’on peut trouver sur le chemin. Cette étape m’offre un moment de vrai bonheur, entre le confort du lieu, l’accueil de la femme qui m’a expliqué son fonctionnement et le fait de rencontrer une personne qui est dans la même démarche pèlerine.
06/06
Le règlement du lieu prévoit que le départ doit avoir lieu avant neuf heures, ce qui est facile, les draps ayant été fournis. Il n’y a eu qu’une boîte de conserve à sortir des sacoches. Pour le reste, le vélo a dormi au sec, il y a juste à l’enfourcher pour partir. La carte est trompeuse, qui montre un trait presque droit. Il s’agit vraisemblablement de voies romaines : on joue aux montagnes russes pendant des kilomètres. Quant au moral, tantôt, comme à Saint-Amand-Montrond, il tombe en même temps que la pluie, tantôt, il s’évapore sous la chaleur, désormais aux alentours de trente degrés. Autrement dit, la fatigue associée à la monotonie du parcours commencent à faire leur œuvre. Si on ajoute la fatigue accumulée à la monotonie de la route, il n’est pas étonnant d’avoir la sensation de pédaler machinalement pendant que l’esprit navigue dans un nuage sans pensée.
Pierre FRANÇOIS





