Nouveauté gagnante.
« Le Château d’Orgon » est la pièce qui monte et qui trouve son public. Soit un communicant démangé de la plume qui, soudain, comprend qu’il ferait mieux d’écrire des choses moins sérieuses que ce qui pave son quotidien. Il a un frère presque comédien. Voilà nos deux complices de la nouvelle génération associés pour monter un spectacle inspiré du « Tartuffe », la question de départ étant : « Quelles sont les religions d’aujourd’hui et qui sont les tartuffes actuels ? »
La pièce, vue en début d’exploitation, faisait partie de ces travaux qui, sans être pleinement convaincants, sont déjà, en germe, des spectacles de qualité.
On y revient donc, à une date proche de la dernière parisienne. Et on se laisse embarquer avec plaisir par ces loufoqueries qui ne le sont pas tant que cela, la seule réserve concernant le personnage du jardinier, au jeu trop différent des autres.
Les religions contemporaines, explique Guillaume Gallix, dérivent toutes de ce qui se prétend progressiste. Il ne s’agit pas, pour lui, de critiquer les avancées induites par l’écologie, le féminisme, le monde des rurbains ou des créateurs de jeunes pousses, par exemple. Ni – à la différence de la pièce de Molière – de condamner la conduite des personnes, dans la mesure où il est dans la nature humaine d’être illogique avec les convictions que l’on affiche.
Ce sont les doubles discours qui sont ici visés. Avec efficacité, dans la mesure où tout est mis au service du rire. Les personnages sont autant apparentés au théâtre classique qu’aux profils de la commedia dell’arte ou du clown. Le rythme rapide du jeu rappelle le vaudeville. Le style du texte s’inspire du stand-up. Mâtiné de citations des auteurs classiques, élément supplémentaire de comique.
Si le public traditionnel se sent un peu bousculé par ces personnages qui se parlent sans communiquer – exercice périlleux, mais réussi –, celui des humoristes se retrouve en terrain connu et apprécie, parfois aussi bruyamment que devant une scène ouverte. De sorte que, du point de vue de l’obsession de tous les directeurs de théâtre – attirer de nouveaux publics –, la formule est gagnante.
Paradoxalement, la pièce n’en est pas moins sérieuse quant au fond, puisque l’on en ressort avec du grain à moudre s’agissant de notre propre propension à nous contenter de slogans répétés en guise de pensée, cet ersatz étant au surplus censé remplacer toute velléité d’action.
Pierre FRANÇOIS
Le Château d’Orgon, un Molière des temps modernes, de Guillaume Gallix. Avec Jasmine Cano, Nicolas Dépée-Martin, Maia Laiter, Maxime Lambert, Léa Constance Piette, Simon Rodrigues Pereira, Alexis Ruotolo, Fiona Stellino. Mise en scène : Julien Gallix. Costumes : Ugo Bouard. Scénographie : Charles Concordel. Lumière : Mona Marzaq. Régie : Anna Rohmer. Production : Compagnie Le Square.
Jusqu’au 25 juillet à 10 heures (relâche les 9, 16 et 23 juillet) à La Factory 2 Roseau Teinturier, 45, rue des Teinturiers, 84000 Avignon, Tél. : 06 38 60 08 52. https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/8867-le-chateau-d-orgon,
https://www.instagram.com/compagnielesquare/ ; https://fr.ulule.com/compagnie-le-square/, https://vimeo.com/1081520050/766f6cab56?share=copy&fl=sv&fe=ci.
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